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Rendon : Mister Propagande
jeudi, 20 juillet 2006
/ Walter Bouvais / Cofondateur et directeur de la publication du magazine Terra eco et du quotidien électronique Terraeco.net Suivez-moi sur twitter : @dobelioubi Mon blog Media Circus : Tant que dureront les médias jetables |
Au service de l’administration Bush, une entreprise de relations publiques veut convaincre l’opinion des bienfaits de la guerre. Terrain de jeu : lrak, Panama, Koweït.
Février 1991, Koweït City. Sept mois après l’invasion de leur pays par les hommes de Saddam Hussein, des milliers de personnes accueillent les troupes américaines de libération en agitant des fanions aux couleurs de la bannière étoilée. "Ne vous êtes-vous jamais demandé comment les citoyens de Koweït City, pris en otages pendant sept mois longs et difficiles, avaient-ils pu se procurer des petits drapeaux américains ? (...) Eh bien, vous connaissez la réponse. Cela faisait partie de ma mission." L’homme qui parle en ces termes n’est pas James Bond mais John Walter Rendon Jr. Une personnalité probablement aussi puissante qu’inconnue du grand public. John Rendon, qui se définit comme un "guerrier de l’information", exerce le métier de "spin doctor", aux frontières du conseil en communication et de la "fabrique" de l’opinion.
Mais l’Irak reste un des terrains de jeu favoris de l’entreprise. Déjà conseiller du gouvernement koweïtien, John Rendon fut mandaté par le Pentagone en 1991 pour créer en Irak les conditions de l’éviction de Saddam Hussein. Il réunit un groupe d’opposants, qu’il fit baptiser "Congrès national irakien" (INC), une entité financée sur fonds du Pentagone (16 millions de dollars). L’un des rôles de l’INC consistait à détecter, entraîner et mettre à la une des médias des témoins des horreurs du régime de Saddam.
Quelques mois plus tard, en février 2002, le New York Times, encore lui, révéla l’existence de l’OSI (Office d’influence stratégique). Mise sur pied au sein du Pentagone au lendemain des attentats du 11 septembre 2001, cette cellule avait pour mission de diffuser des informations servant la lutte contre le terrorisme... y compris en pratiquant la désinformation auprès de médias étrangers. L’OSI avait passé avec le Rendon Group un contrat de 100 000 dollars par mois. Le tollé suscité par cette nouvelle contraignit le président Bush et son secrétaire à la Défense, Donald Rumsfeld, à demander le sabordage de l’OSI. "Mais, écrit James Bamford, la plupart des opérations de l’OSI furent transférées (...) au sein du Pentagone, à l’Information Operations Task Force, groupe auquel Rendon est resté très lié". Avec pour mission de décortiquer les sources et les soutiens de la chaîne de télévision Al-Jazeera, jugée trop critique à l’égard des Etats-Unis.
Difficile d’évaluer les résultats du Rendon Group. Mais comme le fit remarquer un chroniqueur du quotidien The Independent, à l’orée de l’invasion de l’Irak en 2003, les deux tiers des Américains pensaient "que Saddam Hussein était derrière les attentats du 11 septembre 2001, et 80 % d’entre eux que l’Irak détenait des armes nucléaires".
FICHE D’IDENTITE
Nationalité : états-unienne Création : 1981 Principal dirigeant : John Rendon Effectif : non communiqué
Sources :
Le Rendon Group
James Bamford, The man who sold the war, Rolling Stones, 17 novembre 2005 : Rolling Stones
Le site du New York Times
Le site de Corpwatch
Le site d’Infoguerre
Le site de The Independent
Multinationales 2005, Walter Bouvais et David Garcia, Ed. Danger public, 2005
A propos de la stratégie de communication de l’administration Bush dans la campagne de lutte contre le terrorisme, lire l’article très documenté du Center for Media and Democracy : "The Victory of Spin".